Mon BALADI

Introduction :
Ce texte était au départ destiné à vous exposer un bref historique du Baladi, mais le sujet est si vaste et surtout si bien documenté déjà (livres, sites internet à profusion, etc.), je trouvais qu'il était inutile de produire une description de plus. Je vous laisse donc le soin et le plaisir de faire vos propres recherches. J'ai par conséquent choisi de vous expliquer ce qu'est la danse Baladi pour moi.

Pour commencer, j'aimerais vous traduire quelques mots qui reviennent souvent lorsqu'on évoque cette danse.



Traduction :
Le mot BALADI veut dire mon pays. "Balad" étant pays et le "i" suffixe démontrant la possession. Par exemple, gawabi = ma lettre, idi = ma main et ainsi de suite.

Raks veut dire danse (raksi = ma danse)

Sharqui veut dire oriental (cette fois, le "i" n'est pas démonstratif de possession… oui je sais c'est compliqué, mais comme dans la langue française, il y a plusieurs exceptions !)

Par déduction, Raks Sharqui = Danse orientale

Mazika veut dire musique

Masr veut dire Égypte Masri - Masreya veut dire égyptien - égyptienne



Ces traductions sont de l'égyptien au français. Sachez toutefois que l'égyptien (tout comme le marocain, le tunisien, le libanais, etc.) est une variante régionale de l'arabe classique. Un peu comme les Québécois, les Belges, les Suisses qui possèdent des mots et des expressions qui leur sont propres, mais qui partagent tous le français, les Arabes parlent avec des accents, du vocabulaire et des expressions différentes selon leur territoire d'origine. Le même mot en égyptien et en marocain ne veut pas nécessairement dire la même chose. Chez les Égyptiens ont dit le plus souvent "ezayak" (masculin) ou "ezayek" (féminin) pour dire "comment ça va?". Chez les Tunisiens, ont dit "schbik" ou "schbiki". Toutefois un mot en langue arabe classique aura la même signification pour tous : "keif el hal" = comment ça va?. La base de la langue arabe classique vient du Coran, le livre sacré des musulmans.



Baladi

Née en Égypte, je suis arrivée avec mes parents au Québec à l'âge de 3 ans. J'ai fait toute mon éducation académique à Rimouski, du primaire à l'université. Mes parents voulaient nous offrir (j'ai un petit frère et une petite soeur) un avenir meilleur sans pour autant effacer nos origines. Ils nous disent toujours de prendre le meilleur de nos deux cultures pour en créer une encore plus riche. Bien que parfois ce fut difficile (surtout à l'adolescence !) ce précieux conseil m'a servi et me sert encore dans l'enseignement du Baladi. Étant donné que la culture québécoise m'apporte beaucoup, j'ai eu le goût de faire ma part en faisant découvrir aux gens une partie de ma culture égyptienne.

Pour moi, le Baladi est avant tout une danse qui met en valeur la femme, en la transformant de l'intérieur. Cet art lui permet de se sentir féminine, douce, belle et en harmonie avec elle-même peu importe son vécu, son origine ou son physique. Quand je danse le Baladi, je crée une bulle qui me protège, qui me permet d'être moi, qui parfois me permet de sortir "le méchant", mais aussi la beauté et la délicatesse. C'est pour ça que j'aime tant l'enseigner aux femmes.

Malheureusement, il faut apprendre à composer avec le jugement que certaines personnes vont inévitablement poser sur cette danse qui est certes sensuelle, mais jamais vulgaire ! Si vulgarité il y a, c'est le propre de la danseuse, et pas de la danse ! C'est également surprenant et très difficile à accepter ce jugement lorsqu'il vient de nos pairs, des gens de notre culture. Plus jeune, je n'osais pas avouer aux gens de ma culture que je dansais le baladi ou encore que je l'enseignais, par peur de devoir subir une mauvaise réputation. Avec le temps, j'ai compris que si je me cachais, je n'améliorerais pas la situation. Je suis triste quand je vois des femmes se cacher des hommes pour danser le baladi, alors qu'elles ne font que s'épanouir et s'amuser. Si personne ne le fait ouvertement, les choses ne changeront pas. C'est ma façon de "changer le monde".

Je dois par contre vous avouer que je n'ai jamais reçu de formation "académique" en danse Baladi. Je l'ai apprise auprès des femmes de ma famille, de ma mère, de ma grand-mère durant les fêtes de famille et les soirées à l'égyptienne. Je suis chanceuse, car la majorité de ma famille vit au Québec et sont plus ouvertes que d'autres... Chez nous, on se mélange et tout le monde danse. C'est différent de l'Égypte où les hommes vont d'un côté pour discuter et les filles de l'autre pour danser. Pour être honnête, les deux styles de fêtes sont très agréables. Un "party" de filles en Égypte est génial et on s'amuse vraiment.

Ma façon d'enseigner s'en ressent. Mon enseignement consiste à vous faire comprendre la musique et ses paroles, à la ressentir tout en vous apprenant des mouvements de Baladi. Ce qui est merveilleux dans cette danse, c'est qu'il y a autant de façons de danser sur la même musique qu'il y a de personnes qui la dansent. Si vous regarder 100 filles danser, chacune d'elle dansera différemment. Étant donné qu'il existe des milliers de professeur(e)s à travers le monde et que beaucoup se déplacent pour offrir des formations, on peut choisir celle ou celui qui répond le mieux à notre style et à nos besoins. Je suggère souvent à mes étudiantes d'aller à des formations données par d'autres professeur(e)s pour voir les différences, les ressemblances et ainsi créer son propre style.

Il y a une dernière chose que j'aimerais évoquer : le Baladi et les hommes. Contrairement à ce que l'on peut penser, les hommes aussi dansent le Baladi. Certains préfèrent danser comme les femmes, mais en Égypte, ils ont d'autres mouvements qui consistent surtout à des mouvements d'épaules, de bras et de balancement des jambes, parfois avec des accessoires tels que le sabre ou la canne. Ce qui est vraiment charmant, ce sont les danses de couples.

Et bien voilà ce que j'avais à dire. J'espère que vous avez pu en apprendre un peu sur cette danse. Si vous désirez avoir d'autres informations, n'hésitez pas à me contacter et je me ferai un plaisir de vous répondre.